Dans le Médoc, territoire de la plus grande forêt de pins de France, la chenille processionnaire du pin fait partie du paysage. On la repère à ses nids de soie blanche accrochés en haut des pins et, à la fin de l'hiver, à ses étonnantes files indiennes sur le sol. Spectaculaire, elle est aussi dangereuse : ses poils urticants provoquent des réactions chez l'homme et peuvent avoir des conséquences graves chez les animaux.
Ce guide fait le point sur son cycle de vie, la période à risque, les dangers, la réglementation et les moyens de lutte.
Deux espèces de processionnaires
En France, deux espèces de chenilles processionnaires posent problème :
| Processionnaire du pin | Processionnaire du chêne | |
|---|---|---|
| Nom scientifique | Thaumetopoea pityocampa | Thaumetopoea processionea |
| Arbres | Pins surtout, parfois cèdres et sapins | Chênes, parfois noyers |
| Nids | Boules de soie blanche en haut des branches | Nids plaqués contre le tronc |
| Période à risque | Fin d'hiver et printemps, souvent de janvier à mai | Printemps et début d'été, souvent d'avril à juillet |
| Procession au sol | Oui, en file indienne | Non, elle reste surtout sur l'arbre |
Dans le Médoc, c'est surtout la processionnaire du pin que l'on rencontre, dans les forêts de pins maritimes comme dans les jardins et les campings.
Le cycle de vie de la processionnaire du pin
- Été : les papillons, nocturnes, sortent de terre entre juin et septembre selon le climat. Les femelles pondent leurs œufs en manchons sur les aiguilles de pin.
- Fin d'été et automne : les œufs éclosent cinq à six semaines plus tard. Les jeunes chenilles se nourrissent d'aiguilles et grandissent en plusieurs mues.
- Hiver : dès les premiers froids, la colonie tisse un nid d'hiver dense, bien visible. Les chenilles en sortent la nuit pour se nourrir.
- Fin d'hiver et printemps : les chenilles quittent le nid en procession, en file indienne, pour s'enfouir dans le sol et se transformer en chrysalide. C'est le moment le plus spectaculaire, et le plus dangereux.
Avec le réchauffement climatique, les processions sont de plus en plus précoces : sur la côte atlantique, elles ont déjà été observées dès l'automne. En pratique, la vigilance s'impose de janvier à mai pour le pin, et l'espèce progresse vers le nord de la France.
Pourquoi la chenille processionnaire est dangereuse
Le danger vient de ses poils urticants, microscopiques, qui contiennent une toxine irritante et allergisante. La chenille les libère dès qu'elle se sent menacée, et le vent peut les transporter. Ils restent actifs longtemps : les nids vides restent urticants pendant des mois, voire des années.
Pour l'homme
Le contact, direct ou par les poils transportés par l'air, peut provoquer :
- des démangeaisons intenses et des boutons sur la peau, souvent dans les heures qui suivent ;
- des atteintes des yeux (conjonctivite), qui nécessitent un avis médical rapide ;
- des irritations des voies respiratoires ;
- plus rarement, des réactions allergiques graves.
Selon l'ANSES, le nombre de cas recensés par les centres antipoison a été multiplié par quatre entre 2012 et 2018. Nous détaillons les symptômes et les bons réflexes dans notre article sur les boutons de chenille processionnaire.

Pour les animaux
Les chiens sont les plus exposés : curieux, ils reniflent ou lèchent les chenilles au sol. Le contact avec la langue peut entraîner une inflammation sévère et une nécrose, c'est-à-dire la mort des tissus. C'est une urgence vétérinaire. Les chats, plus méfiants, sont moins souvent touchés. Les chevaux et le bétail peuvent aussi être atteints. Voir notre article chenille processionnaire et chien.
Pour les arbres
Les chenilles dévorent les aiguilles de pin. Les attaques répétées affaiblissent les arbres, surtout les jeunes, sans les tuer le plus souvent.
Ce que dit la réglementation
Depuis le décret du 25 avril 2022, la processionnaire du pin et la processionnaire du chêne figurent dans le Code de la santé publique parmi les espèces dont la prolifération constitue une menace pour la santé humaine, aux côtés de trois espèces d'ambroisie.
Concrètement, le préfet de chaque département peut définir par arrêté les mesures de prévention et de lutte, et les maires peuvent prendre des mesures locales. Renseignez-vous auprès de votre mairie : certaines communes imposent aux propriétaires de traiter les arbres infestés ou organisent des campagnes collectives.
Les bons réflexes au quotidien
- Ne jamais toucher les chenilles, les nids, même vides, ni les processions.
- Tenir les chiens en laisse près des pins en saison, et éviter les zones infestées.
- Apprendre aux enfants à reconnaître les chenilles et à ne pas s'en approcher.
- Ne pas étendre le linge près des arbres infestés.
- Laver les fruits et légumes cueillis à proximité.
- Ne pas tondre ou débroussailler sous les arbres infestés en période à risque, ce qui disperse les poils.
Comment lutter contre la processionnaire
Aucune méthode ne suffit seule : la lutte est plus efficace quand on combine plusieurs moyens, au bon moment de l'année.
| Méthode | Principe | Quand ? |
|---|---|---|
| Piège à collerette (éco-piège) | Une collerette autour du tronc capture les chenilles qui descendent en procession | Avant les processions, en fin d'hiver |
| Piège à phéromones | Attire et capture les papillons mâles, ce qui limite la reproduction | En été |
| Nichoirs à mésanges | Les mésanges mangent les chenilles ; d'autres oiseaux comme le coucou ou la huppe aussi | Toute l'année, installation en automne et hiver |
| Retrait des nids (échenillage) | Couper et détruire les nids, avec un équipement de protection | Automne et hiver, par un professionnel de préférence |
| Traitement biologique | Pulvérisation d'un produit à base de bactérie (Bt) sur les jeunes chenilles | Automne, par un professionnel |
Nous détaillons ces méthodes, leurs avantages et leurs limites dans notre article pièges et lutte contre la chenille processionnaire.

Reconnaître la chenille processionnaire du pin
Il est important de bien la reconnaître, pour ne pas la confondre avec des chenilles inoffensives :
- Taille : de quelques millimètres à environ 4 cm au dernier stade.
- Couleur : brun noirâtre, avec des taches rougeâtres sur le dessus et les flancs, et une face ventrale jaune.
- Aspect : corps très velu, couvert de soies.
- Comportement : déplacement en file indienne, la tête de chaque chenille collée à la suivante.
- Nids : boules de soie blanche, compactes, accrochées à l'extrémité des branches de pins, bien visibles en hiver.
En cas de doute, ne touchez pas : une chenille velue rencontrée sous des pins en fin d'hiver doit être considérée comme dangereuse.
Une espèce qui progresse
La processionnaire du pin était autrefois cantonnée à la moitié sud de la France. Avec le réchauffement climatique, elle progresse vers le nord et en altitude : elle est aujourd'hui présente jusqu'en région parisienne, et des observations ont même été signalées en Belgique. Elle colonise facilement les alignements de pins le long des routes, les parcs et les jardins.
Dans le Médoc, territoire de la forêt des Landes, elle est présente dans les forêts de pins maritimes, mais aussi dans les jardins, les campings et les aires de pique-nique, partout où poussent des pins. Les vacanciers de printemps doivent donc rester vigilants, surtout avec des enfants et des chiens.
Que faire si vous découvrez des nids dans votre jardin ?
- Ne pas toucher les nids et éloigner enfants et animaux.
- Repérer les arbres touchés et le nombre de nids.
- Se renseigner auprès de la mairie sur les arrêtés en vigueur et les éventuelles campagnes collectives.
- Faire appel à un professionnel pour retirer les nids, en automne ou en hiver.
- Installer des pièges à collerette avant les processions et des nichoirs à mésanges pour les années suivantes.
Questions fréquentes
Quelle est la période des chenilles processionnaires ?
Pour la processionnaire du pin, la vigilance s'impose généralement de janvier à mai, quand les chenilles descendent en procession. Dans le sud-ouest, les processions peuvent commencer plus tôt.
Les chenilles processionnaires sont-elles dangereuses pour l'homme ?
Oui. Leurs poils urticants provoquent démangeaisons, boutons et atteintes des yeux, parfois des réactions allergiques. Ne les touchez jamais.
Que faire si mon chien a touché une chenille processionnaire ?
Rincez-lui la bouche à l'eau, sans frotter, et consultez un vétérinaire en urgence.
Qui doit traiter les chenilles processionnaires ?
Le propriétaire de l'arbre, selon les arrêtés préfectoraux et municipaux en vigueur. Renseignez-vous auprès de votre mairie.
Les nids vides sont-ils dangereux ?
Oui. Les nids abandonnés contiennent encore des poils urticants, qui restent actifs pendant des mois, voire des années. Ne les touchez pas et faites-les retirer par un professionnel.
La chenille processionnaire tue-t-elle les pins ?
Le plus souvent, non : elle les affaiblit en dévorant leurs aiguilles, surtout lors d'attaques répétées sur de jeunes arbres.
Faut-il signaler des chenilles processionnaires à la mairie ?
C'est utile, notamment dans les espaces publics : la mairie peut organiser des actions de lutte et vous informer des arrêtés en vigueur.
En résumé
La chenille processionnaire est à fuir et à surveiller : ne la touchez jamais, protégez vos animaux et combinez plusieurs méthodes de lutte au bon moment de l'année. Pour aller plus loin, lisez nos articles sur les boutons, les chiens et les pièges.
Sources et références
- ANSES — chenilles processionnaires — www.anses.fr
- Wikipédia — Processionnaire du pin — fr.wikipedia.org
- ARS Grand Est — chenilles processionnaires, espèces nuisibles à la santé — www.grand-est.ars.sante.fr
- Sénat — question écrite sur les chenilles processionnaires (2022) — www.senat.fr
- Santévet — que faire en cas de contact — www.santevet.com



