Deux bassins de même taille, l'un équipé d'une pompe et d'un filtre mais nu, l'autre sans matériel mais garni de végétation, n'évoluent pas du tout pareil. Le matériel aide, mais ce sont surtout les plantes aquatiques qui privent les algues de lumière et de nutriments : feuilles flottantes qui ombragent la surface, végétaux immergés qui consomment les nitrates, plantes de berge dont les racines retiennent la vase. Un bassin sans végétation, même très filtré, verdit au premier coup de chaleur.

Encore faut-il placer chaque espèce à la bonne hauteur d'eau. La plupart des échecs ne viennent pas d'une mauvaise plante, mais d'une plante posée trop profond ou pas assez. Cette fiche classe donc les plantes aquatiques par zone, du talus humide au fond du bassin, puis signale celles que la loi interdit.

Plante aquatique bassin : la profondeur décide de tout

La profondeur se mesure entre la surface de l'eau et le dessus de la motte ou du panier, pas jusqu'au fond. Un nénuphar vendu « pour 40 à 60 cm » posé dans 1 m d'eau s'épuise à faire monter ses feuilles ; un iris des marais noyé sous 50 cm finit par pourrir. Les étiquettes des pépiniéristes indiquent cette hauteur d'eau : c'est le premier critère à lire, avant la couleur des fleurs.

Un bassin bien conçu prévoit donc des paliers, ou banquettes, à différentes profondeurs. Sans paliers, on surélève les paniers sur des briques ou des pierres plates, ce qui permet aussi d'abaisser progressivement un jeune nénuphar à mesure qu'il forme ses feuilles.

ZoneHauteur d'eau au-dessus de la motte (repère usuel)Exemples
Berge humidesol mouillé, pas d'eau stagnantesalicaire, eupatoire, hostas
Marécage0 à 10 cmpopulage, menthe aquatique, myosotis des marais
Eau peu profonde10 à 30 cmiris des marais, sagittaire, pontédérie, prêle
Eau profonde40 cm et plusnénuphars, aponogéton
Immergées et flottantessans palier fixecornifle, potamot, hydrocharis

Ces fourchettes sont des repères ; la variété achetée prime toujours. Un nénuphar nain se contente parfois de 20 cm d'eau, un cultivar vigoureux en réclame près d'un mètre.

Les plantes de berge et de zone humide

Elles ne vivent pas dans l'eau mais dans le sol gorgé qui l'entoure. Leur rôle est surtout paysager : elles font la transition entre le jardin et le bassin, cachent la bâche ou le bord de la coque et offrent un abri aux grenouilles et aux libellules qui viennent pondre.

Parmi les plus courantes :

  • La salicaire commune (Lythrum salicaria), indigène en France, aux épis pourpres en été.
  • L'eupatoire chanvrine (Eupatorium cannabinum), très visitée par les papillons.
  • La reine-des-prés (Filipendula ulmaria), aux ombelles crème parfumées.
  • Les hostas et les fougères pour les berges à mi-ombre.

Point de vigilance pour les terrains sableux, fréquents dans le Médoc et sur toute la façade landaise : le sable draine vite, et une berge naturelle s'assèche en été même si le bassin est plein. Mieux vaut prolonger la bâche sous une bande de terre enrichie, ou créer une petite zone marécageuse alimentée par le trop-plein, plutôt que de compter sur l'humidité du sol en place. Le récupérateur d'eau de pluie sert alors à remettre le niveau à flot sans recourir à l'eau du robinet, plus chargée en calcaire.

Les plantes de marécage, pieds dans l'eau

Ces espèces acceptent quelques centimètres d'eau au-dessus de leurs racines et tolèrent les variations de niveau. Elles sont précieuses dans les bassins naturels, où l'évaporation estivale fait baisser l'eau de plusieurs centimètres.

  • Le populage des marais (Caltha palustris), ou souci d'eau, qui fleurit en jaune dès la fin de l'hiver, bien avant les autres.
  • La menthe aquatique (Mentha aquatica), indigène, parfumée et très appréciée des pollinisateurs ; elle s'étale vite et gagne à rester en panier.
  • Le myosotis des marais (Myosotis scorpioides), petites fleurs bleues de mai à l'automne.
  • La lysimaque nummulaire (Lysimachia nummularia), tapissante, qui adoucit les bords en pierre.
Iris jaunes en fleur et feuilles en lame dressées sur fond de végétation verte

Plantes pour eau peu profonde : le cœur du bassin

C'est la zone la plus fournie en choix. Les plantes y poussent les pieds immergés et les feuilles dressées hors de l'eau, ce qui leur permet de puiser les nutriments dissous tout en restant visibles.

  • L'iris des marais (Iris pseudacorus), le grand iris jaune indigène des fossés et des rives. Très robuste, il supporte le plein soleil et les sols pauvres.
  • La sagittaire (Sagittaria sagittifolia), reconnaissable à ses feuilles en fer de flèche.
  • La pontédérie (Pontederia cordata), épis bleu violacé de la fin de l'été.
  • La prêle des eaux (Equisetum fluviatile), tiges creuses et graphiques, réputée pour sa rusticité.
  • Le jonc fleuri (Butomus umbellatus), ombelles roses sur de longues tiges.
  • Le rubanier (Sparganium erectum) et les massettes (Typha) pour les grands bassins seulement : leurs rhizomes traversent une bâche fragile et colonisent vite un petit volume. La massette naine (Typha minima) reste la seule raisonnable dans quelques mètres carrés.

Dans un bassin de moins de 3 ou 4 m², on se limite à deux ou trois espèces de cette zone pour garder un peu d'eau libre.

Les plantes d'eau profonde : nénuphars et aponogéton

Les plantes à feuilles flottantes enracinées au fond sont les grandes alliées contre les algues : leurs feuilles couvrent la surface et limitent la lumière qui atteint l'eau. Les jardiniers visent souvent une couverture de l'ordre d'un tiers à la moitié de la surface en plein été, de manière à garder de l'eau visible tout en freinant le réchauffement.

Les nénuphars (Nymphaea) existent en centaines de cultivars rustiques ; les tropicaux, eux, ne passent pas l'hiver dehors en France. Le choix se fait sur trois critères : la hauteur d'eau indiquée, l'étalement des feuilles adulte, et l'exposition. Un nénuphar a besoin de soleil direct une bonne partie de la journée pour fleurir. Il déteste les remous : on l'installe loin de la cascade ou de la sortie de pompe.

L'aponogéton (Aponogeton distachyos), ou vanille d'eau, offre des fleurs blanches parfumées au printemps et souvent à nouveau en automne. En climat océanique doux, il peut fleurir une grande partie de l'année et accepte un peu plus d'ombre que le nénuphar.

Le nénuphar jaune indigène (Nuphar lutea) convient aux grands plans d'eau plus qu'aux bassins de jardin, car il devient très envahissant.

Plantes oxygénantes et flottantes : l'équilibre invisible

Les plantes immergées passent inaperçues, ce sont pourtant elles qui travaillent le plus. Elles absorbent les nutriments directement dans l'eau, en concurrence directe avec les algues, et libèrent de l'oxygène le jour. Elles servent aussi de frayère et de cachette aux alevins.

Les espèces indigènes sont à privilégier :

  • Le cornifle nageant (Ceratophyllum demersum), sans racines, qui flotte entre deux eaux.
  • Le myriophylle en épi (Myriophyllum spicatum), indigène, à ne surtout pas confondre avec le myriophylle du Brésil interdit.
  • Le potamot crépu (Potamogeton crispus) et la callitriche (Callitriche), pour les eaux fraîches.
  • La renoncule aquatique (Ranunculus aquatilis), fleurs blanches au ras de l'eau au printemps.

Pour les flottantes libres, la morène (Hydrocharis morsus-ranae), petite cousine indigène des nénuphars, et la stratiote faux-aloès (Stratiotes aloides), qui remonte en surface en été et coule au fond en hiver, sont des choix sûrs. Les lentilles d'eau, elles, prolifèrent si vite qu'il faut les épuiser au filet chaque semaine en été.

Les plantes interdites dans un bassin en France

C'est la partie que la plupart des guides de jardinerie oublient. Depuis l'arrêté du 14 février 2018 relatif aux espèces végétales exotiques envahissantes, qui transpose en droit français la liste fixée par le règlement européen 1143/2014, plusieurs plantes de bassin longtemps vendues en jardinerie sont interdites. L'article 2 de l'arrêté interdit pour les spécimens vivants, sur tout le territoire métropolitain et en tout temps, l'introduction dans le milieu naturel, la détention, le transport, le colportage, l'utilisation, l'échange, la mise en vente, la vente et l'achat.

Les plantes aquatiques ou de berge concernées les plus connues des amateurs de bassin :

Nom courantNom latin
Jussie à grandes fleursLudwigia grandiflora
Jussie rampanteLudwigia peploides
Myriophylle du BrésilMyriophyllum aquaticum
Jacinthe d'eauEichhornia crassipes
Laitue d'eauPistia stratiotes
Élodée de NuttallElodea nuttallii
Grand lagarosiphonLagarosiphon major
Cabomba de CarolineCabomba caroliniana
Hydrocotyle fausse-renonculeHydrocotyle ranunculoides
Crassule de HelmsCrassula helmsii

La même annexe vise aussi la salvinia géante (Salvinia molesta), le myriophylle hétérophylle, l'alternanthère et plusieurs plantes de berge comme la balsamine de l'Himalaya ou le lysichiton.

Concrètement, une jacinthe d'eau achetée il y a quelques années ne doit ni être donnée à un voisin, ni être jetée dans un fossé, une craste ou un étang. Les déchets de taille de toutes les plantes de bassin, même autorisées, vont au compost ou en déchèterie, jamais dans le milieu naturel : un simple fragment de tige suffit à certaines espèces pour repartir. Le Centre de ressources espèces exotiques envahissantes, animé par le Comité français de l'UICN et l'Office français de la biodiversité, publie des fiches pour reconnaître ces plantes.

Bassin de jardin couvert de nénuphars roses et blancs, joncs en bordure, carpes koï et petite cascade

Planter et entretenir au fil des saisons

Quand planter. La période la plus sûre va d'avril à juin, une fois l'eau réchauffée ; on peut poursuivre jusqu'à fin août pour les plantes en conteneur. Dans le Médoc, où les gelées sont rares et courtes, la reprise est souvent plus précoce que dans l'est de la France.

Comment planter. On utilise des paniers ajourés tapissés de toile de jute, garnis d'une terre argileuse et pauvre, jamais de terreau ni d'engrais classique, qui nourriraient les algues. Une couche de gravier sur la motte empêche la terre de remonter et les poissons de fouiller. On immerge le panier lentement pour chasser l'air.

Combien de plantes. Pour un premier aménagement, on compte en général quelques touffes d'oxygénantes par mètre carré de surface et une plante à feuilles flottantes pour un ou deux mètres carrés, à ajuster selon le soleil. L'équilibre s'installe en une ou deux saisons : une eau un peu verte au premier printemps est normale.

En été. On retire les feuilles jaunies, on éclaircit les oxygénantes qui encombrent le volume et on complète le niveau avec de l'eau de pluie. Les bassins en plein soleil sur sol sableux perdent beaucoup par évaporation : la liste des plantes résistantes à la sécheresse aide à composer les abords sans multiplier les arrosages.

En automne et en hiver. On coupe les tiges fanées au-dessus de l'eau avant qu'elles ne pourrissent au fond, et on tend un filet si des arbres perdent leurs feuilles au-dessus du bassin. Les plantes rustiques restent en place ; seules les espèces gélives sont rentrées. Le calendrier du jardin, comme celui du potager en climat océanique, décale ces travaux de quelques semaines par rapport aux régions continentales.

Diviser. Tous les deux ou trois ans, au printemps, les touffes d'iris, de pontédérie ou de nénuphar qui débordent du panier sont sorties, divisées à la bêche et replantées dans une terre neuve.

Questions fréquentes

Quelles plantes aquatiques choisir pour un petit bassin ?

Un nénuphar nain, deux ou trois plantes de marécage ou d'eau peu profonde (myosotis des marais, iris de petite taille, sagittaire) et des oxygénantes en panier suffisent. Massettes, nénuphar jaune et rubanier sont à éviter dans un petit volume.

Une plante qui pousse dans l'eau peut-elle remplacer un filtre ?

Dans un bassin sans poissons ou avec peu de poissons, une végétation abondante et variée peut maintenir une eau claire sans pompe. Avec beaucoup de poissons, la charge en déchets dépasse ce que les plantes absorbent et une filtration reste utile.

Quand planter les plantes de bassin extérieur ?

D'avril à juin de préférence, lorsque l'eau s'est réchauffée, et jusqu'à la fin de l'été pour les plantes vendues en conteneur.

Faut-il sortir les plantes aquatiques en hiver ?

Non pour les espèces rustiques, qui restent en place après une coupe des parties fanées. Seules les plantes tropicales, comme les nénuphars tropicaux, doivent être rentrées.

La jacinthe d'eau est-elle autorisée dans un bassin ?

Non. Eichhornia crassipes figure à l'annexe I de l'arrêté du 14 février 2018 : sa détention, son transport, sa vente, son achat et son introduction dans le milieu naturel sont interdits en France métropolitaine, comme pour la laitue d'eau et les jussies.

Sources et références

  • Légifrance, Arrêté du 14 février 2018 relatif à la prévention de l'introduction et de la propagation des espèces végétales exotiques envahissantes sur le territoire métropolitain — www.legifrance.gouv.fr
  • Centre de ressources espèces exotiques envahissantes (UICN France et OFB), Réglementation — especes-exotiques-envahissantes.fr